10 Conflicts to Worry About in 2022: Haiti | Mid-Year Update
Haiti faces intensified gang violence amid ongoing political instability, leading to civilian insecurity.
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Au terme de la première moitié de l’année 2022, Haïti continue de faire face à des niveaux élevés d’insécurité et d’instabilité politique. Suite à l’assassinat du président Jovenel Moïse (non traduit) en 2021, le gouvernement de transition doit encore arrêter le calendrier des prochaines élections générales et de mise en œuvre de certaines réformes constitutionnelles controversées (Alterpresse, 28 mars 2022 ; Le Nouvelliste, 1er juillet 2022). Entre-temps, la violence s’est intensifiée et a gagné du terrain, marquée par l’apparition de nouveaux conflits entre gangs et la poursuite des attaques contre les populations civiles.
La hausse des violences observée au cours des derniers mois de l’année 2021 s’est poursuivie tout au long du premier semestre de l’année 2022, notamment sous l’effet de l’exacerbation des rivalités entre gangs. En effet, les affrontements entre ces derniers pour le contrôle de quartiers stratégiques de Port-au-Prince se sont intensifiés. De plus, les violences se sont également propagées à des zones voisines, notamment dans le nord-est du département de l’Ouest. Les zones de conflit actuellement en voie d’élargissement comprennent la commune de Tabarre, contrôlée par le gang des Chen Mechan, ainsi que celle de Croix-des-Bouquets, un fief du gang 400 Mawozo (Alterpress, 10 février 2022). Au début de l’année 2022, ACLED a identifié (non traduit) le renforcement de 400 Mawozo et l’élargissement de son territoire comme un facteur susceptible d’engendrer de nouveaux conflits. Au cours des six premiers mois de 2022, le nombre d’événements violents dans lesquels 400 Mawozo était impliqué a, en effet, presque doublé par rapport à l’année précédente. Tout particulièrement, l’avancée de 400 Mawozo vers certains secteurs de la commune voisine de Tabarre a donné lieu à des affrontements avec le gang rival des Chen Mechan, un membre de l’alliance G9, entre le 24 avril et le 6 mai (RNDDH, 10 mai 2022). En raison du regain des hostilités, ACLED recense presque le même nombre d’affrontements entre gangs en Haïti au cours du premier semestre de l’année 2022 que durant l’ensemble de l’année 2021. Dans le département de Croix-des-Bouquets et à Tabarre, les violences auxquelles se sont livrés ces gangs ont causé au moins 190 décès rapportés entre le 24 avril et le 6 mai, faisant du nord-ouest du département de l’Ouest un nouveau foyer de violences entre gangs en Haïti. Davantage d’événements violents ont été signalés à Croix-des-Bouquets et Tabarre au cours du premier semestre de 2022 que durant chacune des années écoulées depuis qu’ACLED a commencé à couvrir Haïti en 2018.
De manière analogue, l’activité des gangs a connu une augmentation dans la commune de Pétion-Ville, située dans la partie sud-est de l’arrondissement de Port-au-Prince, avec un doublement du nombre d’événements violents depuis le début de l’année 2022 par rapport à l’ensemble de l’année 2021. Ce pic de violence survient alors que des gangs se disputent de plus en plus frontalement le contrôle de Pétion-Ville, une zone riche où vivent de nombreuses élites politiques et sociales du pays. La violence des gangs s’y traduit principalement par des enlèvements, lesquels s’inscrivent dans une stratégie visant à s’assurer des revenus au moyen de rançons (Insight Crime, 11 avril 2022 – en anglais). Les attaques s’y sont également multipliées, les gangs cherchant à asseoir leur autorité en attaquant et en brûlant les maisons de civils accusés de collaborer avec les forces de l’ordre. Le gang Ti Makak y a notamment repris ses activités après que la police ait démantelé ses réseaux en 2021. En parallèle, le gang Vitelhomme, allié à 400 Mawozo, a intensifié ses incursions dans le quartier de Pernier et dans d’autres secteurs situés entre Tabarre et Pétion-Ville (The Haitian Times, 21 juin 2022 – en anglais ; Haiti Libre, 26 juin 2021 – en anglais).
La poussée territoriale des gangs 400 Mawozo et Vitelhomme dans les zones orientales du département de l’Ouest pourrait remettre en cause l’hégémonie de l’alliance G9. Soucieux de continuer à diversifier leurs sources de revenus, ces gangs ont pris le contrôle de certains axes routiers reliant le département de l’Ouest à la frontière dominicaine pour se livrer à des activités de contrebande (France 24, 4 mai 2022 – en anglais). Certains experts affirment en outre que 400 Mawozo aurait rejoint l’alliance G-Pèp, qui rivalise avec l’alliance G9 dans les communes de Cité Soleil et Delmas et dans la section communale de la capitale de Martissant, indiquant une modification des rapports de force entre les deux coalitions de gangs (Insight Crime, 20 mai 2022 – en anglais). La montée des violences à Pétion-Ville, Tabarre et Croix-des-Bouquets semble indiquer l’ouverture d’un nouveau front susceptible de remettre davantage en question le statut de l’alliance G9.
En 2022, les violences ont perduré, se maintenant à des niveaux élevés dans le centre de Port-au-Prince et dans les communes de Delmas, Cité Soleil et Carrefour, des zones principalement contrôlées par les membres de l’alliance G9. Les gangs ont, de plus, maintenu leur contrôle sur la Route Nationale 2, qui relie les régions du sud à la capitale, y érigeant des barrages routiers et procédant fréquemment à des enlèvements en masse de passagers de bus. Les enlèvements et les attaques contre les civils constituent 64% des faits de violence commis par les gangs dans ces zones, le recours à ces tactiques servant à renforcer l’autorité des gangs et à s’assurer des fonds pour soutenir leur expansion territoriale et leur lutte armée contre leurs rivaux. La perspective de voir émerger un contre-pouvoir face à l’alliance G9 a contribué à alimenter les violences dans ces zones. Une série d’affrontements survenus entre les coalitions G9 et G-Pèp pour le contrôle de Cité Soleil à la mi-juillet aurait ainsi causé la mort de plus de 200 membres de gangs et de civils.
Pour tenter de faire face au regain de violences dans le département de l’Ouest, la police a continué de mener des opérations antigangs. Toutefois, la portée et l’intensité de ces opérations ont varié selon les lieux dans lesquels elles étaient menées, ce qui pourrait indiquer que les forces de l’ordre se sont concentrées sur la lutte contre les récentes avancées territoriales des gangs plutôt que d’intervenir dans les zones déjà contrôlées par l’alliance G9. Alors que les affrontements entre la police et les groupes armés au cours du premier semestre 2022 sont restés à des niveaux similaires à ceux coïncidant avec la même période en 2021 dans le secteur de Port-au-Prince contrôlé par l’alliance G9, ACLED recense une multiplication par plus de quatre du nombre de ces affrontements à Croix-des-Bouquet. La plupart des heurts entre la police et les gangs au cours des six premiers mois de l’année 2022 ont vu la participation des gangs 400 Mawozo et Vitelhomme. Des organisations de défense des droits de l’homme ont notamment accusé les forces étatiques de fournir des véhicules blindés à l’alliance G9 (RNDDH, 26 juin 2022 – en anglais), dont les membres entretiendraient des liens avec l’élite politique au pouvoir (Rezo Nòdwes, 3 septembre 2021).
Malgré les efforts déployés par le gouvernement de transition pour rétablir l’ordre, l’ensemble de la population civile du pays est restée, durant le premier semestre de 2022, exposée à des risques accrus de violence. Du fait de l’escalade du conflit opposant les gangs 400 Mawozo et Chen Mechan à Croix-des-Bouquets et à Tabarre, beaucoup de civils se sont ainsi retrouvés entre deux feux. Pendant les affrontements survenus entre avril et mai, les gangs ont attaqué des habitants et incendié des maisons ; de nombreux cas de violences sexuelles ont également été signalés à cette occasion (RNDDH, 26 juin 2022 – en anglais). Dans ce contexte, les habitants accusés de soutenir les gangs rivaux ont été la cible de représailles, pendant que les gangs ciblaient des personnalités de premier plan pour les kidnapper en raison de leur richesse présumée, notamment des hommes d’affaires, des professionnels de santé et des enseignants (ONU, 13 juin 2022). Les journalistes, les juges et les avocats sont, eux aussi, continuellement pris pour cible par des groupes criminels cherchant à mettre un terme aux enquêtes portant sur leurs agissements. En janvier, des membres de gangs ont assassiné deux journalistes qui enquêtaient sur la criminalité à Pétion-Ville et ont également attaqué des locaux appartenant à des médias locaux.
En parallèle, les gangs ont aussi continué à défier les institutions gouvernementales et étatiques. Les attaques contre les fonctionnaires et les bâtiments gouvernementaux demeurent fréquentes, ce qui souligne le manque de moyens dont dispose l’État pour endiguer les violences (FJKL, 14 juin 2022). En juin, le gang Base 5 Secondes s’est emparé du Palais de Justice à Port-au-Prince, brûlant des documents judiciaires portant sur des affaires de corruption policière et d’assassinats politiques (Miami Herald, 16 juin 2022 – en anglais). À ce jour, le palais est toujours sous le contrôle du gang.
Dans un contexte de violences chroniques, ACLED observe une forte baisse du nombre de manifestations au cours du premier semestre 2022 par rapport à la même période en 2021. Le sentiment d’insécurité demeure cependant un vecteur important des manifestations, qui continuent d’être organisées à travers le pays. Le mouvement de protestation a ainsi atteint son apogée en mars, lorsque des étudiants et des enseignants ont investi et barricadé plusieurs rues de Port-au-Prince, alors que les travailleurs de la santé entamaient une action de grève de trois jours. À cette occasion, les manifestants ont accusé le gouvernement de transition d’inaction et d’incapacité à apporter des solutions à la crise sécuritaire (24 Heures, 30 mars 2022).
À l’entame de la seconde moitié de l’année 2022, Haïti semble être dans l’impasse. Si la tenue prochaine d’élections devrait constituer une étape décisive dans l’apaisement de la crise politique que vit le pays, l’organisation d’un tel scrutin semble de plus en plus menacée par un climat d’insécurité qui ne cesse de s’aggraver.
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