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10 Conflicts to Worry About in 2022: The Sahel | Mid-Year Update

Analysis of the worsening Sahel crisis in 2022, highlighting violence against civilians, state forces, and militant activities.

15 August 2022

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10 conflits à surveiller en 2022 : le Sahel | actualisation de milieu d’année

Au terme de la première moitié de l’année 2022, la crise sahélienne continue de s’aggraver. Les tendances observées actuellement révèlent que l'instabilité dans le centre du Sahel subsiste, s'étend et s'intensifie, comme l'a signalé (non traduit) ACLED en début d’année. 2022 est, en effet, en passe de devenir l’année la plus meurtrière pour le Burkina Faso et le Mali depuis le début de la crise dans la région, il y a plus de dix ans. L’intensité des conflits, mesurée à partir du nombre d’événements de violence politique organisée au cours du premier semestre 2022, continue, parmi tous les États du Sahel, d’être la plus élevée au Burkina Faso. En parallèle, le Mali est le pays où le nombre de décès rapportés jusqu'à présent en 2022 est le plus élevé, retrouvant ainsi sa place d’épicentre de la crise après avoir été devancé par le Burkina Faso au cours de deux des trois dernières années dans le décompte des décès rapportés causés par des conflits. Seul le Niger présente un meilleur bilan en 2022 : après avoir connu une année record en termes de conflits en 2021, les décès rapportés causés par ces derniers connaissent désormais une baisse de leurs niveaux.   

L’un des principaux aspects de cette crise qui ne cesse de s’aggraver réside dans l’ampleur des atrocités commises contre les populations civiles par les forces étatiques maliennes, les mercenaires du groupe Wagner, les forces étatiques burkinabées, ainsi que par des groupes djihadistes tels que l’État islamique au Sahel (IS Sahel en anglais)1 et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. En effet, les violences contre les civils impliquant des forces étatiques ont atteint leur plus haut niveau depuis le pic enregistré au début de l’année 2020 (pour plus d’informations, voir le rapport d’ACLED consacré aux Atrocités d’État au Sahel - non traduit). Au Mali, des opérations d’envergure menées par les forces gouvernementales maliennes ont coïncidé avec - et ont probablement été rendues possibles grâce à - l’apport d’un soutien par le groupe Wagner et le déploiement de moyens aériens récemment acquis auprès de la Russie. Des opérations militaires menées conjointement par le Burkina Faso et le Niger le long de leur frontière commune ont été accompagnées de témoignages signalant des attaques contre des civils ayant fait de nombreuses victimes. Au cours de la première moitié de l’année, ACLED a recensé parmi les attaques les plus meurtrières contre des populations civiles depuis le début de la crise. Plus de civils ont été tués dans le Sahel central au cours des six premiers mois de 2022 que pendant toute l'année 2021. Au Mali, par exemple, le nombre de décès rapportés au sein de la population civile et le nombre total de victimes causées par des faits de violence politique organisée enregistrés au cours des six premiers mois de 2022 ont dépassé les chiffres enregistrés sur l’ensemble de l’année 2021. Il est également probable que, dans ce décompte, le Burkina Faso dépasse le nombre total de victimes comptabilisées l’année dernière, seul le Niger étant susceptible de connaître une baisse de ces chiffres.

Les forces armées opérant dans ces contextes semblent ignorer toujours davantage la distinction entre combattants et non-combattants. C’est ce qui s’est vérifié en mars dans la ville de Moura, dans le centre du Mali, où les forces maliennes et celles du groupe Wagner ont tué plus de 300 personnes en cinq jours après s’y être initialement livrées à des combats contre des militants du GSIM. À l’issue de plusieurs autres attaques meurtrières, les militants de l’État islamique au Sahel ont affirmé avoir attaqué des civils partisans de « l’Azawad » dans la région malienne de Ménaka au début du mois de mars (Jihadology 24 mars 2022 - en anglais ; 16 juin 2022 - en anglais). Plus de 400 décès parmi les civils ont été causés par une offensive menée par l’État islamique au Sahel contre le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) et le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) dans la région de Ménaka et celle voisine de Gao. En raison du nombre élevé de décès parmi les populations civiles causés par les événements susmentionnés, mars 2022 est le mois le plus meurtrier jamais enregistré par ACLED au cours de sa veille du Sahel central, qui est assurée depuis 1997. Depuis, au mois de juin, le GSIM a perpétré des atrocités de masse dans et autour de la ville de Diallassagou, au centre du Mali, affirmant avoir ciblé des miliciens, leurs « alliés », ainsi que des collaborateurs de l'armée malienne (Twitter @tweetsintheME, 21 juin 2022 - en anglais; RFI, 25 juin 2022).

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’augmentation des violences dans la région. Le gouvernement de transition du Mali, dirigé par la junte militaire, s’est en effet associé aux mercenaires du groupe Wagner, dont le déploiement dans le pays et l’offensive menée conjointement avec les forces gouvernementales maliennes ont donné lieu à des attaques contre des civils d'une ampleur sans précédent. Les autorités maliennes ont, de plus, rompu avec un allié de longue date, la France (Al Jazeera, 3 mai 2022 - en anglais), qui a entamé son retrait du Mali l'année dernière afin de refondre et relocaliser sa mission régionale de lutte contre le terrorisme, l'opération « Barkhane », faisant du Niger le nouveau centre de son dispositif au Sahel. Le vide sécuritaire laissé par la France a été manifestement exploité par les militants de l’État islamique au Sahel, comme en témoigne l'offensive meurtrière d'une ampleur sans précédent menée contre les milices touaregs et les communautés associées à celles-ci dans le nord-est du Mali.

Malgré l’implication des forces maliennes et du groupe Wagner, ainsi que des militants de l’État islamique au Sahel, dans des attaques à grande échelle contre des populations civiles, le GSIM demeure l’acteur le plus actif et le plus meurtrier du Sahel, notamment au Burkina Faso et au Mali. Au centre du Mali, les militants du GSIM ont mené une campagne agressive visant à perturber la saison des semailles. Ils y ont ainsi soumis la population et l'ont forcée à se dissocier du groupe Dan Na Ambassagou (non traduit) et des autres dozos, dans le but d’y saper leur influence. En outre, depuis le mois d’octobre 2021, date à laquelle la France a commencé à se retirer du Mali, près de 50 attaques contre la mission de maintien de la paix des Nations unies dans le pays (MINUSMA) ont été attribuées au GSIM, y compris la mort de 20 casques bleus. La mission de maintien de la paix y est, par ailleurs, confrontée à des défis croissants, les autorités maliennes cherchant à la priver du soutien aérien français (Le Monde, 30 juin 2022), ainsi qu’à entraver sa liberté de mouvement et sa capacité à enquêter sur les violations des droits de l'homme (ONU, 13 juin 2022 - en anglais).

Au Burkina Faso, le GSIM a mené une offensive de portée quasi nationale au cours de la première moitié de l’année, procédant à plus de 400 attaques dans 10 des 13 régions du pays. La groupe a ainsi été impliqué dans près de 70% des événements enregistrés au Burkina Faso au cours de cette période, et a mené plus de cinq fois plus d’attaques contre des civils que l’État islamique au Sahel. Il convient toutefois de souligner que les attaques menées par l’État islamique au Sahel ont été plus meurtrières, faisant près de deux fois plus de victimes.  

De l’autre côté de la frontière, au Niger, on constate une diminution de l’activité, l’État islamique au Sahel ayant concentré ses efforts sur les régions du nord-est du Mali et du Burkina Faso. Un glissement géographique progressif a également été observé au sein du pays, où l’État islamique au Sahel et le GSIM se sont montrés plus actifs le long de la frontière avec le Burkina Faso, dans les départements de Téra, Gothèye et Torodi. Il est probable que ce changement, notamment de la part de l’État islamique au Sahel, traduise une décision tactique motivée par le redéploiement des forces françaises, qui avaient jusque-là concentré leurs efforts sur le nord de Tillabéri et l’ouest de Tahoua, au Niger. 

L'écosystème du conflit au Sahel a considérablement évolué au cours des six premiers mois de l’année 2022 avec l'arrivée des mercenaires du groupe Wagner et le retrait des forces françaises du Mali. Cependant, la dynamique globale du conflit présente les mêmes constantes que celles documentées par ACLED en juin 2021 (non traduit). Le GSIM et l’État islamique au Sahel ont continué à mener des offensives contre leurs milices rivales respectives au Mali et des campagnes simultanées contre des groupes armés soutenus par l’État au Burkina Faso. La multiplication des opérations militaires n’a eu qu’un effet marginal et temporaire sur la situation sécuritaire au niveau local. Cette dernière a plutôt tendance à continuer de se détériorer, à mesure que les forces gouvernementales se retirent et que les groupes militants exercent des représailles contre les populations civiles, bloquent les grandes villes et déplacent de force les populations dans les zones rurales, ce qui ne fait qu’exacerber l’urgence humanitaire dans laquelle se trouve actuellement la région. Les deux gouvernements dirigés par des militaires au Burkina Faso et au Mali ont promis d'assurer la sécurité de leurs concitoyens. Cependant, au regard de la situation et de son évolution actuelle, l’année 2022 risque d’être la pire année depuis le début de la crise au Sahel. 

Footnotes

  1. 1

     L’État islamique au Sahel est plus couramment connu sous le nom d’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Entre mars 2019 et mars 2022, l’État islamique au Sahel correspondait en pratique à la faction du Grand Sahara de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO), en tant que branche constitutive de l’infrastructure administrative et opérationnelle de l’État islamique, avant d’être considéré comme formant sa propre province.

Region
Africa
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